Prologue

Quatre jours après mon arrivée sur le sol américain, il est grand temps que je trempe ma plume dans les touches de mon clavier. Lors d’un voyage, le temps se contracte et engendre ainsi une densité d’événements, anecdotes ou découvertes anormalement élevée. Aussi il en va de mon intérêt de rapporter presque quotidiennement un peu de ce qui a pimenté ma journée sous peine d’oublier ce que je souhaite relater, précisément. Quand bien même, si cela arrivait ça ne serait ni grave, ni gênant.

J’ai par le passé voyagé à de nombreuses reprises et certains voyages se seraient volontiers prêtés au jeu du récit de voyage. Je n’ai pourtant jamais tenté l’aventure. Tout au plus ai-je griffonné quelques pages manuscrites à bord du transsibérien, lors d’un voyage qui plus que tout autre aurait mérité que je m’y attarde à l’écrit. Par paresse sans doute, manque de confiance peut-être, je n’ai pas poursuivi l’exercice.

L’absence a posteriori de tels carnets de bord ne m’a jamais pesé : je repense souvent à ces voyages, avec tendresse ou mélancolie, sans avoir besoin de lire ce qui avait été mon quotidien à l’époque. Certaines anecdotes me sont restées, bien sûr, et j’essaie à l’occasion de les faire revivre auprès de mes amis. Bien souvent cependant c’est le souvenir, plus diffus, du voyage dans sa globalité qui me reste, depuis des éléments factuels (avec qui, combien de temps, quelle époque de l’année) à des sentiments et impressions (pourquoi ce voyage, dans quel contexte, et quel état d’esprit m’habitait à l'époque). Ainsi la perception de ces voyages est plus subjective qu’objective. Seuls éléments tangibles de ces pérégrinations, a fortiori celles effectuées en solitaire, quelques tampons et visas – dont un grand nombre dans mon passeport désormais périmé – et les photos qu’il m’arrive parfois, rarement, de consulter a posteriori.

Je ne sais ce qu’il arrivera de ce récit. Vais-je l’écrire jusqu’au terme de mon voyage, prévu à Seattle le 1er octobre, ou au contraire aura-t’il pris fin prématurément, vaincu par la paresse de son auteur ou la vacuité de la tentative ? Accepterais-je d’en partager la lecture ou au contraire ces lignes relèveront plus du journal intime ? Je n’en sais rien et j’essaie de ne pas trop m’en soucier. Ce que je sais, en revanche, c’est que cette tentative est intimement liée à l’encouragement de quelques amis d’écrire (carnet de bord, poème, chanson, que sais-je encore !), je les en remercie infiniment, quoiqu’il advienne de cette modeste incursion littéraire.

Me voici au pied du périple, qui m'emmènera de New York à Chicago, me fera traverser les plaines du midwest puis le Colorado pour arriver à San Francisco, avant une remontée plein nord avec Seattle pour destination finale. Pour l'heure, c'est armé de quelques guides et cartes que je prends le RER B à la gare de la Cité Universitaire, à Paris. Direction l'aéroport Roissy Charles-de-Gaulle, Terminal 2E.